Chez Jean Paul Gaultier, la haute couture s'imprime (aussi) en 3D
On associe plutôt l'impression 3D à des pièces mécaniques, des prototypes ou des figurines qu'aux podiums parisiens. Fin août 2026, la maison Jean Paul Gaultier a pourtant présenté, pour sa collection Haute Couture Automne/Hiver 2026-27 dirigée par Duran Lantink, cinq silhouettes construites en partie avec des pièces sorties d'une imprimante 3D. Un exemple concret de ce que la fabrication additive peut apporter à un secteur où chaque vêtement reste, par définition, une pièce unique.

Une collaboration entre un couturier, une designer et un imprimeur
La collection a été conçue avec la designer ROMI, et les éléments imprimés ont été réalisés par Sculpteo, entreprise française spécialisée dans l'impression 3D à la demande. Cinq looks (numérotés 7, 11, 19, 26 et 32 dans le défilé) intègrent des pièces imprimées, avec à chaque fois un objectif différent :
- Look 7 : un buste sculptural imprimé en TPU brut, poncé, apprêté puis plongé plusieurs fois dans un bain de latex teinté pour obtenir un rendu proche de la peau, avant des finitions peintes à la main.
- Look 19 : une robe composée de milliers d'écailles individuelles, chacune imprimée séparément en PA12 puis cousue à la main, rangée par rangée, par les ateliers de la maison.
- Look 26 : un scan 3D du mannequin, retravaillé numériquement puis imprimé en TPU pour servir de structure sur-mesure, ensuite recouverte de plumes.
Dans tous les cas, l'imprimante ne sort jamais un vêtement fini : elle produit une base ou des composants bruts, que les ateliers parisiens transforment ensuite en pièce de haute couture à proprement parler (ponçage, teinture, couture, plumes, cuir moulé...).

Pourquoi passer par l'impression 3D plutôt que la couture classique ?
La technologie utilisée est le Multi Jet Fusion (MJF) d'HP, associée à deux matériaux : le PA12, plus rigide, pour les éléments répétés comme les écailles ou les pétales, et le TPU, souple, pour les structures qui doivent épouser une silhouette. Sculpteo a aussi eu recours au frittage laser (SLS) pour certains détails.
L'argument mis en avant par Sculpteo tient en quelques points : la rapidité (un fichier numérique se corrige et se relance bien plus vite qu'un patron qu'on redécoupe), la précision dimensionnelle, l'absence d'outillage coûteux à fabriquer pour une pièce unique, et surtout la possibilité de créer des géométries — écailles innombrables, structures organiques, formes creuses — qu'aucune technique de coupe et de couture ne permettrait de reproduire dans les mêmes délais. Alexandre d'Orsetti, PDG de Sculpteo, résume la collaboration ainsi : « Travailler aux côtés de designers comme ROMI nous pousse à constamment repenser nos procédés. »

Et la promesse du « sur-mesure sans chute de tissu » ?
C'est l'angle qui nous intéressait au départ : peut-on vraiment se passer de chutes de tissu grâce à l'impression 3D ? La réponse, sur ce cas précis, est nuancée. L'impression additive réduit effectivement le gaspillage de matière lors des phases d'essai — on imprime directement le volume voulu, sans découper puis jeter les surplus d'un tissu qu'on ajuste par tâtonnement. Mais les pièces obtenues ne remplacent pas le tissu : elles sont ensuite poncées, teintes, recouvertes de cuir ou de plumes, cousues à la main par les ateliers. On est donc davantage face à un procédé hybride — la 3D pour la structure et les géométries impossibles à coudre, l'artisanat traditionnel pour la finition — que face à un vêtement entièrement « zéro tissu » sorti tel quel de l'imprimante.

En résumé
Pour sa collection Haute Couture Automne/Hiver 2026-27, Jean Paul Gaultier a fait imprimer en 3D (Multi Jet Fusion, PA12 et TPU) les structures de cinq silhouettes, conçues avec la designer ROMI et produites par Sculpteo — puis entièrement retravaillées à la main par les ateliers de la maison. De quoi illustrer concrètement ce que l'impression 3D apporte déjà à la haute couture : des géométries impossibles à obtenir par la coupe et la couture classiques, produites vite et sans outillage spécifique. Ce n'est pas (encore) un vêtement « zéro tissu » sorti tel quel de l'imprimante, mais un vrai outil de plus dans la boîte à outils des couturiers.
Nicolas IGUINIZ - 11/09/2026
Sources :
- 3D Printing Industry — Jean Paul Gaultier turns to MJF for five haute couture looks printed in TPU and PA12
- 3D ADEPT Media — Jean Paul Gaultier donne vie à 5 créations haute couture grâce à l'impression 3D
- DESIGN MAROC — Jean Paul Gaultier et Sculpteo invitent l'impression 3D à la semaine de la haute couture
- Fashion Capital — Jean Paul Gaultier Haute Couture AW26 Embraces Creative 3D Printing Courtesy of Sculpteo
- TCT Magazine — ROMI & Sculpteo additively manufacture several fashion pieces for latest Jean Paul Gaultier collection
- 3DPrint.com — 3D Printing Hits the Runway in Jean Paul Gaultier's Latest Collection