PETG : L'impression 3D dans toute sa splendeur
Dans le petit monde des filaments, il y a le PLA qu'on donne à imprimer aux débutants, l'ABS qu'on réserve aux habitués équipés d'une enceinte fermée, et entre les deux, il y a le PETG. Moins connu du grand public, il s'est pourtant imposé ces dernières années comme l'un des filaments les plus utilisés en impression 3D FDM — au point de devenir, pour beaucoup d'imprimeurs, le choix par défaut dès qu'une pièce doit vraiment tenir la distance. Et son secret, c'est qu'il est chimiquement de la même famille que... vos bouteilles d'eau en plastique.

C'est quoi, le PETG ?
PETG, c'est l'abréviation de polyéthylène téréphtalate glycolisé — un nom à rallonge pour dire simplement : « du PET, mais modifié pour être plus facile à travailler ». Le PET (polyéthylène téréphtalate) tout court, c'est justement le plastique le plus répandu au monde pour les bouteilles, les emballages alimentaires et les fibres textiles (le fameux polyester). Sous sa forme brute, il est excellent pour être moulé en usine, mais capricieux à faire fondre et redéposer couche par couche comme le demande une imprimante 3D.
Le « G » de PETG vient corriger ce défaut : les chimistes remplacent une partie des molécules de la recette d'origine par une autre, un peu plus grosse, qui empêche les chaînes de plastique de se ranger trop proprement entre elles. Résultat, la matière reste plus désordonnée à l'échelle moléculaire, ce qui la rend moins cassante et beaucoup plus facile à faire fondre et couler sans qu'elle ne se rétracte ou ne se déforme en refroidissant. C'est cette petite modification chimique, discrète mais décisive, qui a transformé un plastique de bouteille en un filament d'impression 3D à part entière.
Le même plastique que vos bouteilles d'eau ?
L'histoire du PET commence en 1941, quand les chimistes britanniques John Whinfield et James Dickson déposent le brevet du procédé, en pleine Seconde Guerre mondiale. Le secret militaire retarde sa commercialisation : il faudra attendre 1946 pour que le plastique arrive sur le marché, d'abord sous forme de fibre textile baptisée Terylene. Il faudra ensuite plusieurs décennies avant que le PET ne devienne le plastique roi de l'emballage alimentaire et de la bouteille jetable qu'on connaît aujourd'hui.

C'est l'entreprise américaine Eastman Chemical qui met au point, dans les décennies suivantes, la version glycolisée du PET — commercialisée notamment sous le nom de marque Eastar — pensée à l'origine pour l'extrusion et le moulage industriels (pots de cosmétiques, emballages transparents, flacons pharmaceutiques). Ce n'est que plus tard, avec l'essor de l'impression 3D FDM grand public, que cette même chimie a été adaptée sous forme de filament en bobine — donnant naissance au PETG tel qu'on le connaît aujourd'hui dans les fablabs et les garages.
Pourquoi le PETG plaît autant aux makers
Le PETG s'est fait une place de choix pour une combinaison de qualités assez rare :
Une bonne résistance aux chocs. Plus souple et moins cassant que le PLA, il encaisse mieux une chute ou un choc — sans pour autant devenir aussi résistant qu'un bon ABS.
Une vraie tenue à l'humidité, aux UV et aux produits chimiques. Le PETG résiste bien aux acides, aux huiles et aux graisses, et vieillit correctement en extérieur — un net avantage sur le PLA, qui se dégrade vite au soleil et à l'humidité.
Très peu de déformation au refroidissement. Contrairement à l'ABS, connu pour se voiler ou se fissurer en refroidissant (le fameux warping), le PETG reste stable sans nécessiter d'enceinte fermée.
Une transparence proche du verre. Sous certaines teintes, un objet en PETG peut avoir un aspect presque translucide — impossible à obtenir avec du PLA ou de l'ABS classique.
Peu d'odeur à l'impression, contrairement à l'ABS qui dégage des vapeurs qu'il vaut mieux évacuer.
Un potentiel contact alimentaire, pour certaines références spécifiquement certifiées — à vérifier filament par filament, la matière brute n'étant pas automatiquement sans danger une fois imprimée en couches.
Le revers de la médaille
Rien n'est parfait, et le PETG a ses défauts bien identifiés par quiconque l'a déjà imprimé :
Le filage (stringing). C'est LE défaut caractéristique du PETG : des petits fils de plastique fondu qui pendent entre les zones de la pièce, parce que la matière a tendance à « baver » légèrement hors de la buse pendant les déplacements. Un réglage fin de la rétraction (la façon dont l'imprimante aspire le filament en arrière avant un déplacement) permet de limiter fortement le phénomène, sans jamais l'éliminer à 100 %.
Une adhérence parfois trop bonne. Le PETG colle très bien aux couches précédentes ce qui est plutôt une qualité mécanique, mais aussi, souvent, un peu trop bien au plateau ou même à la buse elle-même si elle passe trop près d'une couche déjà déposée, avec un risque d'arrachage de matière.
Peu de post-traitement possible. Contrairement à l'ABS, qui peut être poncé puis lissé à la vapeur d'acétone pour un rendu lisse et brillant, le PETG résiste à l'acétone, ce qui limite les options de finition.

- Une résistance mécanique qui reste, comme pour tout le FDM, dépendante de la direction d'impression; une pièce en PETG peut rester cassante si elle est sollicitée perpendiculairement à ses couches.
Les bons réglages, en bref
Le PETG s'imprime en général à une température de buse assez élevée, entre 220 et 260 °C selon les marques, avec un plateau chauffé autour de 70 à 85 °C. Au-delà d'environ 250 °C, mieux vaut passer par une buse « tout métal » : les buses classiques, doublées d'un tube en PTFE (Téflon) pour limiter le frottement du filament, commencent à se dégrader à haute température prolongée. Côté rétraction, la plupart des makers s'accordent sur des réglages assez courts (1 à 2 mm) mais à vitesse modérée, pour limiter le filage sans pour autant créer de bourrage. Une vitesse de ventilation modérée aide aussi à fixer rapidement les fils résiduels avant qu'ils ne s'étirent davantage.
PETG face à ses cousins : PLA, ABS et ASA
Le PETG occupe une place bien particulière dans la famille des plastiques d'impression 3D grand public :
Face au PLA:
Le PETG gagne largement en résistance aux chocs, à l'humidité et aux UV — mais il est un peu plus délicat à imprimer proprement, avec ce fameux filage à maîtriser. Le PLA reste imbattable pour débuter et pour les objets purement décoratifs.
Face à l'ABS :
Le PETG offre une résistance mécanique comparable, avec beaucoup moins de déformation au refroidissement et sans les vapeurs à évacuer — mais il ne se ponce ni ne se lisse à l'acétone comme l'ABS, et supporte un peu moins bien la chaleur prolongée (autour de 80 °C contre 100-110 °C pour l'ABS).
Face à l'ASA :
Cousin de l'ABS pensé spécifiquement pour l'extérieur, le PETG reste compétitif sur la tenue aux UV pour un usage occasionnel en extérieur, mais l'ASA garde l'avantage pour une pièce exposée au soleil en continu sur plusieurs années.

Le PETG s'impose ainsi comme un compromis solide : moins capricieux que l'ABS, plus robuste que le PLA — ce qui explique qu'il soit devenu, pour de nombreux imprimeurs, le filament « par défaut » dès qu'une pièce doit réellement servir plutôt que simplement décorer une étagère.
Où le retrouve-t-on ?
Cette combinaison de solidité et de facilité relative en fait un filament de choix pour tout ce qui doit résister un minimum à l'usage : coques et supports de téléphone, poignées d'outils, boîtiers électroniques, pièces mécaniques fonctionnelles, supports et fixations destinés à rester à l'extérieur (pots de fleurs, supports de caméra, boîtiers de capteurs), pièces de robotique, prototypes qui doivent survivre à plus qu'un simple test visuel, et même certains contenants alimentaires ou gourdes réutilisables — à condition, là encore, d'utiliser un filament spécifiquement certifié pour le contact alimentaire.
Et la version recyclée : le rPETG
Puisque le PET « classique » est justement le plastique des bouteilles d'eau, la boucle se referme naturellement avec le PETG recyclé (souvent appelé rPETG ou rPET selon les marques) : du plastique de bouteilles collectées, retransformé en filament plutôt qu'en granulés destinés à une nouvelle bouteille. Une poignée de fabricants proposent désormais ce type de filament, avec des propriétés d'impression proches du PETG vierge. Une tendance qui s'inscrit dans le mouvement plus large de filaments recyclés ou biosourcés, porté par une demande croissante pour réduire l'empreinte environnementale de l'impression 3D.
En résumé
Le PETG (polyéthylène téréphtalate glycolisé) est un cousin direct du PET utilisé dans les bouteilles d'eau et les emballages alimentaires, modifié chimiquement pour devenir facile à extruder et à imprimer en 3D. Il combine une bonne résistance aux chocs, à l'humidité, aux UV et aux produits chimiques, avec très peu de déformation au refroidissement — au prix d'un défaut caractéristique, le filage, qui demande un réglage soigné de la rétraction (buse entre 220 et 260 °C, plateau entre 70 et 85 °C). Plus robuste que le PLA, moins capricieux que l'ABS, il s'est imposé comme un filament « par défaut » pour toute pièce qui doit vraiment tenir dans le temps — et existe désormais aussi en version recyclée, issue du même plastique que les bouteilles jetées.
Nicolas IGUINIZ - 21/09/2026
Sources :
- Hackaday — Plastics: PETG
- Polymaker Wiki — PETG
- MakerBot — Everything you need to know about PETG 3D printing
- Studiocraft — Réglages PETG : température buse et plateau idéales